Un bel ensemble de documents

Claude Waridel de Prahins a retrouvé dans la maison familiale un ensemble de documents d’une grande richesse. Le but de cet article est d’en faire une description générale.

Je donne d’abord quelques repères chonologiques avant de montrer l’intérêt de ce paquet de 147 documents.

Le plus ancien document est un parchemin du XVe siècle ; un rotulus (grand rouleau de parchemin) dont la date n’est pas encore vraiment déterminée, mais probablement du début du siècle. Ecrit en latin, dans une écriture assez difficile, il est encore loin d’avoir livré tous ses secrets !

Il est séparé de près de deux siècles du document suivant, bien daté celui-ci : un acte de vente de 1631. Un Jehan Vuaridel, fils de Claude, vend une terre à Pierre Vuaridel, fils de François. Qui plus est, le notaire qui a signé ce document est également un Vuaridel : Jehan (Jean), fils de Joseph.

Parchemin de 1631

La grande majorité des documents suivants s’échelonne assez régulièrement entre 1704 et 1888, avec une concentration importante dans les deux décennies précédant et suivant l’an 1800.

Quelques documents ne comportent pas de dates, en particulier deux exemplaires d’une recette pour de l’eau d’Alibour (sic), une préparation « stypique et vulnéraire ». Nommée d’après le chirurgien Jacques Dalibour, c’est une préparation antiseptique à base de sulfate de cuivre et de sulfate de zinc, employée en dermatologie.

Deux petits documents sont plus récents : une liste des buralistes postaux à Prahins ; le bureau a été tenu par des Waridel de 1828 à 1927, puis par des Pittet ; la dernière date figurant sur cette liste est 1963.  L’autre document est une carte de rationnement du pétrole, datant de 1941.

Je passe maintenant à quelques documents formant des sous-ensembles cohérents. Tout d’abord cinq documents (2 parchemins, 3 documents papier) de 1755 mentionnant la vente par Jaques Vuaridel demeurant en Angleterre de 2 pièces de terre lui appartenant. Un article de quelques pages sur ces documents, avec une étude de documents tirés des Archives cantonales vaudoises concernant le même personnage, figurera prochainement sur le site familial.

Un autre ensemble cohérent est un échange de correspondance provenant aussi de Londres, où réside un habitant de Prahins, Jacob Collon (parfois orthographié Collomb). Le personnage est représenté par Abram Joseph Waridel de Prahins, qui fonctionne comme tuteur, c’est-à-dire administrateur des biens de son pupille, chargé d’encaisser le produit de la location des biens de ce dernier. De 1773 à 1822, trois ans avant le décès d’Abram Waridel, nous avons pas moins d’une douzaine de reçus, cinq cahiers de « comptes de tutelle » et neuf lettres écrites par Jacob, puis Jaques Collon, puis un Degex de Prahins établi aussi à Londres. Ces lettres indiquent à Abram Waridel les volontés de leurs auteurs pour la gestion de leurs biens. Nous n’y apprenons que peu de détails sur la vie à Londres, mais cet ensemble de documents est très intéressant et vaudra la peine d’un examen détaillé. Un travail de longue haleine !

Quelques documents concernent la famille Jaquier, qui est apparentée aux Waridel sur plusieurs générations. Nous y trouvons un arbre généalogique des Jaquier, un « mémoire de la descendance de nos ancêtres dès 1668 » rédigé par Jaques Jaquier, lieutenant, vers 1739, divers documents juridiques suite à des litiges pour des conduites d’eau, etc. ; figurent également dans cet ensemble des partages de biens et quelques testaments.

Des testaments et accords de partage, du côté Vuaridel-Waridel, sont également présents : une douzaine, dont le testament d’Abram Joseph Vuaridel, rédigé en 1816, neuf ans avant sa mort.

Dans les divers, les trouvailles ne sont pas moins intéressantes :

  • un recueil de 194 chansons, recopiées et peut-être, pour certaines, inventées par le régent Jean Vincent Jaquier. Quelques chansons sont connues, comme « Vaudois, un nouveau jour se lève » ou « Avant que de quitter la table » ; d’autres, plutôt grivoises, semblent faire partie d’un répertoire de soldats … Un aspect très intéressant de ce chansonnier est qu’il comporte, par-ci par-là, quelques inscriptions en patois vaudois. Tout un travail d’analyse en perspective, notamment pour rechercher la musique qui pouvait aller avec ces textes.
  • un contrat de mariage de 1753 entre Samuel Vuaridel et Susanne Pahud
  • un brevet de 1786 attestant la nomination d’Abram Vuaridel comme justicier de la commune de Prahins, signé par Etienne Charles De Loys, agissant au nom de l’hoirie de Villardin, avec le sceau des De Loys
  • une lettre d’avertissement au sieur Abram Vuaridel, justicier, le sommant de rétablir une canalisation au profit de deux plaignants, signée par le Châtelain de Prahins et Chanéaz
  • un certain nombre de cédules hypothécaires et reconnaissances de dettes, du côté Jaquier comme chez des Waridel
  • des reçus pour le paiement d’impôts par Abram Waridel en 1838 et 1839
  • une lettre d’Henri Cornu, écrite du Canada, à sa sœur Louise, épouse de Louis Philippe Waridel de Prahins. La lettre, sur papier avion, extra-fin, date de 1865 ; elle décrit, entre autres, les différences de climat entre le Canada et la Suisse, et le temps qu’il lui a fallu pour trouver un emploi rétribué – comme meunier – vu qu’il ne connaissait pas la langue anglaise !

 

Inscription en patois vaudois, sous la chanson n°9

« Lo quemencémen dé sty laivro né pas dai my écri ma cliauque qu’écriran la fin ne l’écriran épai pas a ce bin » 
Ce qui pourrait se traduire : « Le commencement de ce livre n’est pas écrit par moi, mais ceux qui écriront la fin ne l’écriront pas d’une façon aussi riche »

Ces différents documents nous font passer par plusieurs régimes politiques ; les plus anciens sont évidemment sous l’ancien régime, avec un Pays de Vaud dominé par LLEE de Berne (comme on le voit dans ladresse postale des lettres adressées à Abram Varidel, ci-dessus), avec des seigneuries et des châtelains à qui les paysans doivent payer cens et redevances. Puis quelques documents comportent des tampons ou inscriptions au nom de la République helvétique – régime de courte durée, imposé par Napoléon Bonaparte ; enfin nous voyons des tampons comportant l’inscription « Canton de Vaud ».

Ce « Fonds Waridel », comme j’ai choisi de nommer cet ensemble de documents, est donc très riche par l’étendue de la période représentée, par la variété des types de documents, par l’intérêt particulier que certains présentent, en particulier les liens entre le petit village de Prahins et la grande métropole qu’est Londres, sans parler du plus ancien document, ce rotulus du XVe siècle. Aucun Vuaridel ne semble y être nommé, et la raison de la présence de ce document dans la famille reste encore à élucider, mais il déjà possible de dire qu’il concerne la région de Donneloye, avec des mentions de villages voisins comme Oppens et Orzens, mais ni Prahins, ni Chanéaz ne semblent nommés…

L’enquête continue !